Le lithium : l’or blanc, à quel prix ?

Une promesse d’avenir verte

Le lithium c’est le cœur des batteries rechargeables (lithium-ion), devenues indispensables à nos vies modernes. On le retrouve principalement dans les voitures électriques, symboles de la mobilité décarbonée, dans le stockage d’énergie des fermes solaires et éoliennes, mais aussi dans nos téléphones et ordinateurs portables. Pourtant, avant d’alimenter nos technologies, ce métal naît bien loin de nous. Dans les étendues désertiques du Chili, de la Bolivie ou de l’Argentine, où les miroirs de sel scintillent sous le soleil, se cache ce trésor convoité par le monde entier surnommé “l’or blanc”. Ses propriétés uniques comme sa légèreté, capacité de stockage d’énergie et recharge rapide, le font le moteur discret de la transition énergétique.Qualifié du « pétrole du XXIe siècle », il est devenu la ressource stratégique autour de laquelle se dessine l’avenir de la mobilité, technologie et de l’énergie. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale pourrait être multipliée par plus de quatre d’ici à 2030, portée par la croissance fulgurante des ventes de véhicules électriques. Mais si le lithium est présenté comme la clé d’un avenir plus vert, son exploitation révèle un paradoxe : une ressource « propre » dont l’extraction n’est ni écologique ni sociale. Symbole d’avenir, il déclenche une ruée mondiale, entre rivalités stratégiques et promesses d’eldorado.

Le revers de l’ « or blanc » : impacts écologiques et humains

Sous l’image lisse de la transition énergétique se cache une réalité plus âpre. Extraire le lithium, c’est puiser dans les nappes souterraines d’eau salée, les faire remonter et les laisser s’évaporer au soleil pour en récolter le précieux métal. Le procédé paraît simple mais il est minier. Il est en réalité terriblement coûteux pour l’environnement : 2,2 millions de litres d’eau pour produire une seule tonne de lithium, soit la quantité d’eau qu’un Français consomme en 20 ans.. Dans les hauts plateaux andins, déjà arides, chaque litre soustrait à la terre est un litre de moins pour les cultures, les animaux et détourné des populations locales. Les salars (déserts de sel) s’assèchent, les nappes phréatiques s’épuisent, les sols sont contaminés et les écosystèmes vacillent. Les flamants roses, oiseaux emblématiques des lagunes andines, en paient déjà le prix : leur population a chuté dans certaines zones du Chili en raison du manque d’eau. À ces dégâts environnementaux s’ajoutent des tensions sociales. Pour les communautés autochtones, l’« or blanc » ressemble souvent à une malédiction, avec l’air de déjà-vu d’une histoire ancienne. Terres confisquées, pollution de l’eau, puits au niveau bas et une agriculture menacée : l’espoir d’une richesse nouvelle se heurte à la dure réalité d’un environnement fragilisé. Et nulle part ce paradoxe n’est aussi visible qu’en Bolivie. Sous l’immense salar d’Uyuni, un désert de sel de 10 000 km², reposeraient jusqu’à 21 millions de tonnes de lithium, soit une des plus grandes réserves mondiales. De quoi transformer ce pays andin de 12 millions d’habitants en puissance minière mondiale. Depuis plus de quinze ans, La Paz promet de faire de l’« or blanc » la source de sa prospérité, rêvant de devenir l’Arabie saoudite du XXIe siècle. Près de 90 % des habitants de la région vivent aujourd’hui du tourisme, qui pourrait disparaître si le désert devenait une gigantesque mine. Le spectre d’une histoire déjà connue plane sur le pays : depuis l’arrivée des conquistadors, l’Amérique latine n’a cessé de voir ses richesses naturelles profiter à quelques-uns, laissant la majorité dans la pauvreté. Présenté comme une bénédiction, le lithium risque bien de devenir un nouveau mirage.

Une ressource au cœur de rivalités stratégiques

Au-delà des paysages andins, le lithium est devenu une arme stratégique. Ses réserves sont concentrées dans quelques zones : près de 65 % des ressources planétaires dans le « triangle du lithium » (Chili, Argentine, Bolivie) auxquelles s’ajoutent respectivement l’Australie et la Chine. Cette rareté change la donne : l’Europe et les États-Unis dépendent des importations, l’Australie est le plus grand producteur, mais c’est la Chine qui détient la clé : 80 % du raffinage mondial et une domination sur toutes les étapes de la production de véhicules électriques. Résultat : l’« or blanc » devient aussi un levier de puissance, utilisé pour peser dans les rapports de force mondiaux. Dans ce contexte, l’Union européenne tente de combler son retard. Des projets de « gigafactories » se multiplient, une quarantaine rien qu’en Europe, et des accords se signent à la hâte avec l’Argentine pour se sécuriser un accès. Mais la course contre la montre est engagée, et l’enjeu crucial : il y va d’indépendance et de souveraineté. Sinon, l’Europe pourrait être remise au sort de la grande puissance chinoise et de tensions commerciales. S’il semble qu’il faille choisir entre deux dépendances : une au lithium et à une grande puissance, ou au pétrole et à une autre, il reste une autre voie à explorer : une consommation plus responsable et un mix énergétique diversifié, car le lithium, comme toutes les ressources, n’est ni infini ni véritablement « écologique ».

Sources :

https://www.iea.org/reports/global-ev-outlook-2023/trends-in-batteries https://www.nationalgeographic.fr/environnement/le-lithium-ressource-precieuse-du-monde-moderne https://www.nationalgeographic.fr/environnement/bolivie-lextraction-du-lithium-menace-le-plus-grand-desert-de-sel-du-monde https://ekwateur.fr/blog/autoconsommation/le-lithium/ https://webdoc.france24.com/lithium-voiture-electrique-argentine-chili-bolivie/